Comment faire un film pour pas cher et obtenir des milliers de spectateurs sur internet?
30 juillet 2010

Générer des milliers de cliques avec un film qui coûte trois fois rien, c’est possible. Foi de trois anciens membres du collectif Phylactère Cola. Dans la cadre de Fantasia, Patrick Boivin, Eddie69 et Carnior ont partagé quelques trucs astuces pour réussir à percer même en ayant les poches trouées. Retour sur le colloque « Comment faire un film pour pas cher et obtenir des milliers de spectateurs sur internet? »

« Nous sommes là pour parler d’absence d’argent », lance d’entrée de jeu Patrick Boivin. Le réalisateur d’Iron Baby et du jeu interactif Bboy Joker cumule des millions de cliques sur YouTube. « C’est sûr que j’exploite des éléments qui ont un certain gage de succès comme Iron Man qui se bat contre Bruce Lee », analyse-t-il. N’empêche, la technologie qu’il utilise est très accessible : un appareil photo, un logiciel de montage et des figurines. « Pour ces films, je peux pratiquement tout faire tout seul. Travailler sans acteur simplifie le tournage. »

« Je ne devrais peut-être pas dire ça mais je pense que lorsque l’on commence dans ce domaine, il ne faut pas se gêner pour pirater! », avance Carnior qui utilise Final Cut Pro pour faire son montage. « Si un jour vous faîtes de l’argent avec vos films, vous pourrez alors payer votre licence. »

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Lui-même fondateur du festival Vitesse lumière, il présentait son film Hero dans le cadre de Fantasia. Le festival lui a d’ailleurs décerné le prix du meilleur scénario dans la catégorie des courts métrages québécois. « Comme je fais beaucoup d’échange de service avec mes amis, qui sont tous plus ou moins technicien, acteur, monteur, faire ce film m’a coûté 15 piastres… Une cassette MiniDV! »

Faire appel à des acteurs professionnels augmente forcément les coûts. Pour contourner les exigences contractuelles de l’Union des artistes, Eddie69 opte souvent pour de acteurs issus du milieu de l’improvisation. « Si l’argent manque, c’est une option », propose le créateur de l’hilarant Tom et ses chums.

Par contre, gare à la surexploitation des collaborateurs qui offrent leurs services pro bono. Les trois s’entendent, il faut retourner l’ascenseur en payant la bouffe et en travaillant sur les films des autres. Bref, ils ont joué le tout pour le tout et maintenant que leurs films sont visionnés, les publicitaires font appel à eux. C’est là que ça paye!

- Hubert Rioux et Caroline Cloutier

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Voici quelques règles supplémentaires dictées par les trois réalisateurs pour créer un film qui aura du succès sur Internet :

1- Garder son film court, moins de 5 minutes c’est l’idéal.

2- Tourner son film en anglais ou sous-titrer son film si le tournage en anglais n’est pas possible.

3- Inclure des éléments de la culture populaire (exemple : référence à des films connu).

4- Utiliser de la musique libre de droits. Les groupes émergents acceptent souvent de céder leur musique, ça leur fait de la pub.

5- Louer de l’équipement technique de meilleur qualité (ex : Un des problèmes courants des films fait « maison » est la piètre qualité du son. Il est parfois payant d’utiliser un micro sur perche plutôt que d’utiliser le micro intégré à la caméra).

6- Tourner son film lorsque peu de productions sont en cours, comme en hiver. C’est plus facile de magasiner le prix de l’équipement et les acteurs populaires sont souvent prêts à embarquer dans des petits projets.

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Pour voir le film Destination saturne de Carnior, une parodie bien québécoise de Star Trek…

Fantasia : Entrevue exclusive avec Patrick Boivin
21 juillet 2010

Patrick Boivin

Patrick Boivin s’est fait connaître à travers le monde grâce à ses petits clips sur Youtube. Son plus récent, At-At day afternoon approche le 1,4 millions de visionnements en seulement un mois et son Iron baby lui a aura permis d’obtenir une rencontre avec un des hauts dirigeants de Marvel à LA.

Alors que les projets se bousculent à l’agenda, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec lui à la sortie de la conférence « Comment faire des films à petit budget et obtenir des milliers de clics sur Internet » auquel il participait, dans le cadre de Fantasia.

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ZTÉLÉ : Patrick, beaucoup de gens te connaissent grâce à tes clips en stop motion sur Youtube, mais tu n’a pas toujours fait ça.

PATRICK BOIVIN : « Au départ, je suis bédéiste. En 1999, avec d’autres gars que j’avais rencontrés dans un club de BD à Québec, nous avons commencé à expérimenter sur un film à travers le collectif Phylactère Cola. Au début, c’était juste un trip. Nous ne savions pas trop ce que nous faisions, mais un coup du destin a fait que nos films se sont ramassés à l’antenne de la télé communautaire de Québec. Ensuite, nous avons essayé de faire migrer notre projet à TQS, mais après plusieurs mois difficiles, notre émission a finalement abouti sur les ondes de Télé-Québec. D’ailleurs, pour les fans et ceux qui n’ont pas eu la chance de la voir, nous allons lancer un DVD regroupant les deux saisons de Phylactère Cola ainsi que nos premiers films que nous faisions en cassette à l’époque! Ça va se passer à l’Halloween, au festival SPASM. »

« Bref, pendant deux ans, nous avons fait plus de 200 clips, puis le show a été annulé et je me suis retrouvé en chômage. Comme ce que je voulais faire dans la vie c’était des films, je me suis mis à en faire avec ce que j’avais sous la main : des figurines. C’était parfait car ça ne coûtait pas cher et je pouvais aussi expérimenter techniquement. C’est donc un peu malgré moi si je suis devenu bon dans le stop motion ! »

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ZTÉLÉ : C’est quand même, majoritairement grâce à cette expertise, que les gens te connaissent actuellement.

PATRICK BOIVIN : « En effet. Même si ce que je souhaite le plus comme cinéaste, c’est faire des films avec de vrais acteurs, je ne peux pas nier que ce sont mes stop motion qui m’ont mis sur la carte. Ceci a même donné lieu à quelques situations un peu étranges. Par exemple, lorsque les gens de Google m’ont approché pour travailler sur le projet de vidéo pour le Nexus One, je leur ai soumis quelques idées. J’avais lancé l’idée de « Ninja Unboxing » en leur soumettant le projet avec de vrais acteurs. Ils ont probablement dû le lire en diagonale car lorsque je les ai rencontrés pour discuter en détail du projet, j’ai vite compris qu’ils n’avaient rien saisi. Je ne planifiais pas faire le clip en stop motion », rire. « Finalement, vu leur insistance, je l’ai fait en stop motion. »

« Ceci dit, les contacts et les contrats que j’ai obtenus grâce à mes clips sur Youtube m’ont permis de m’approcher de mon but. Je travaille actuellement au développement de deux longs métrages avec des acteurs en chair et en os! »

ZTÉLÉ : Peux-tu nous parler un peu plus de ces deux projets?

PATRICK BOIVIN : « Le premier est un film de sci-fi à gros budget d’Hollywood dont je ne peux pas vous donner plus de détails pour l’instant car c’est encore trop embryonnaire.

Le deuxième s’appelle Enfin l’automne et sera une production d’ici, scénarisée par mon ami Olivier Roberge, fait avec un petit budget du Conseil des arts du Canada, dont le tournage s’étalera vraisemblablement sur un an. Si tout va bien, le film devrait être lancé à l’automne 2011. Je suis vraiment content de ce projet car je vais avoir le luxe de prendre mon temps. Je n’ai malheureusement pas eu de financement des grandes institutions comme la SODEC. Ceci a l’avantage de me laisser un peu plus de latitude dans la façon avec laquelle j’entrevois faire le film et comment je pense le lancer. »

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ZTÉLÉ : Vises-tu une distribution en salle pour ce film?

PATRICK BOIVIN : « Pour l’instant, je vise une distribution sur le web seulement. Moi, tout ce que je souhaite, c’est qu’un maximum de gens voient mes films, tout en faisant assez d’argent pour en vivre!

Avec certains de mes films, j’ai fait le tour des festivals. Pour un film qui marche bien dans le circuit des festivals, tu réussis à avoir 5 000 spectateurs. Sur Internet, ça se compte en millions. Aussi, la mentalité des gens évolue et il y a actuellement un public sur Internet qui est prêt à regarder des longs métrages en ligne. De plus, d’ici au lancement de mon film, il y a fort à parier qu’avec l’évolution des technologies, les gens pourront regarder un film en provenance d’Internet en format HD et ce, directement dans leur télé, sans même sans rendre compte! » rire.

QUELQUES LIENS POUR ALLER PLUS LOIN :

Propos recueillis par Hubert Rioux et Caroline Cloutier // Crédit photo : Caroline Cloutier